21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 13:31

                                                       
Chacun connaît cette petite boîte ronde, aux allures de coffre-fort gourmand ; tout le monde a goûté ce tendre pâté, délicatement entouré de sa gelée parfumée au bouillon : gourmandise bretonne, conserve bleue comme l’océan, image du terroir, rudesse goûteuse, habitants bourrus, hommes en caban, pipe au bec, femmes taiseuses, odeurs d’apéros sous un plafond si bas que les hortensias restent à la porte...  Pâté Hénaff, pâté de France... Il fait partie de ces modestes articles que l’on glisse sans réfléchir dans son panier ; j’en achète régulièrement, histoire de garnir la porte du réfrigérateur, en prévision d’un repas à prendre sans cuisiner, au cas où... Peut-être aussi pour le plaisir de le voir disparaître, aussitôt acheté. Ce phénomène étrange - l’envol d’une boîte en plein après-midi, voire la nuit - que les bigoudènes se rassurent, n’est pas propre à Hénaff. J’ai noté la même chose à propos des rochers Suchard, du tarama au homard, du saucisson label rouge ou des Curly. Parfois, on retrouve un emballage sous le lit. – Je dois avouer qu’étudiant, il m’arrivait d’emporter des gourmandises gastronomiques avec le train du dimanche soir : une boîte de Chatka, des pattes de langoustines (bonjour l’odeur), même du jambon en boîte d’une marque suédoise. Mais le pâté Hénaff, c’est autre chose. C’est d’abord un souvenir, celui d’un cousin racontant un voyage en Extrême-orient, son séjour dans un quartier reculé et la découverte au fond d’une épicerie de Saigon de la fameuse petite boîte bretonne. Il en était troublé, ému presque, à la façon dont un passionné reconnaît, vingt ans après, le parfum de l’aimée flottant dans les brumes coloniales... Hénaff, c’est aussi une façon élégante de refléter les habitudes du temps. Côté logo par exemple : la présentation évolue par retouches, délicatement, si bien que la boîte bleue semble toujours la même depuis cent ans. D’ailleurs l’adresse n’a pas changé, on peut la lire: Jean Hénaff, 29710, Pouldreuzic, Finistère, France. Et que dit la composition? Viande de porc (91%), dont jambon (20%), fumet, foie de porc (2.5%), sel, épices. Conservateur : nitrite de sodium. C’est écrit petit, et pourtant je ne vois là rien de honteux. Ainsi, on ne retrouve que 6 ou 7 ingrédients alors qu’aujourd’hui le moindre biscuit, la plus simple terrine de supermarché en contient 20... Bien sûr, Hénaff s’est diversifié ; il existe un site internet dédié à ce phare de la gastronomie bretonne. Et alors ? Cela montre qu’Hénaff ne joue pas la carte retro de façon hypocrite, à la manière de ces médiocres produits Herta (Nestlé), trop salés, caoutchouteux, insipides, qui sous couvert de nostalgie font turbiner leurs rêveries industrielles au paradis des délices enfantines.

Moi, mon pâté Hénaff, Je l’apprécie le plus simplement du monde, avec une tranche de pain grillé et quelques cornichons. On peut lui ajouter des poireaux vinaigrette. Il accompagne également parfaitement les plats chauds : chou braisé, pommes de terre sautées, navets glacés, poireaux fondus au beurre demi-sel... Il a tous les usages du jambon blanc, le caractère en plus. Rappelons que Jean Hénaff (1859-1942) était un bon père de famille (13 enfants), labourant la terre pour nourrir son monde, qui, suite à la surproduction agricole, décida d’ouvrir une conserverie de légumes . La 1ère guerre arriva : « il pourrait y avoir des boîtes de sardine et de thon, les clients en réclament mais le cours est mauvais, alors pourquoi pas... du cochon ? » Hénaff devint le pâté du mataf*. La diaspora bretonne fera le reste. Durant les Trente glorieuses, on considère que « la moitié des acheteurs était lié à la Bretagne; le pâté permettait de lutter contre le mal du pays. »  Aujourd’hui, 35 millions de boîte par an sortent des usines...

*marin.

 

Parmentier de Pouldreuzic

 

Pour 4 pers.

 

2 boîtes de pâté Hénaff de 150 gr.

1 kg de pommes de terre

2 oignons

2 carottes

5 cl de lait

70 gr de beurre

30 cl de crème fraîche

1 gousse d’ail

sel, poivre du moulin

 

Préchauffez le four à 200°.

Epluchez et coupez en gros dés les oignons et les carottes, pelez l’ail. Hachez le tout au mixeur.

Faites fondre les 50 gr de beurre dans une cocotte et ajoutez le hachis de légumes. Laissez étuver à couvert avec un petit verre d’eau pendant 20 mn.

Retirez le couvercle et laissez réduire le liquide jusqu’à ce qu’il ne reste que 2 cuil. à soupe.
Ajoutez le pâté Hénaff en l’émiettant et laissez étuver doucement pendant 5 mn.

Faites cuire les pommes de terre en robe des champs (à l’eau salée avec la peau). Epluchez-les et écrasez-les avec la crème fraîche bien chaude à l’aide d’un presse-purée ou à la fourchette. Incorporez le reste du beurre en petits morceaux, mélangez en soulevant la purée. Rectifiez l’assaisonnement et réservez au chaud.

Etalez la garniture dans un plat à gratin et recouvrez-la de purée. Mouillez avec le lait. Glissez au four pour 15 mn.

Servez le parmentier avec une salade verte (ou d’endives), à peine assaisonnée.

 

 

Pics et brochettes de crudités

 

Pour 4 pers.

 

1 boîte de pâté hénaff de 260 gr.

1 radis noir

olives

1 concombre

1 carotte

quelques tomates cerise

céleri branche

 

Coupez le pâté Hénaff en petits cubes de 10 mm. Découpez le radis noir et le concombre en fines tranches et le céleri branche et la carotte en bâtonnets.

Confectionnez des pics avec olives, tomates cerise et pâté, ou radis noir, concombre et pâté, céleri branche, carottes et pâté, etc... 

Servez avec une vinaigrette à l’huile d’olive et vinaigre balsamique.

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commentaires

Claire 21/02/2010


Une fois n'est pas coutume, je laisse un commentaire : je déteste le pâté Hénaff !! Je ne sais pas d'où ça vient, j'ai dû tomber sur une boîte avariée dans une vie antérieure... Mais ta chronique
sème le doute : me laisserai-je tenter à nouveau ?


Teodor 02/03/2010


Bonjour,
La sté Hénaff vous remercie pour votre savoureux article. Il est fort bien documenté.
Nous aimerions échanger avec vous.
Merci de nous contacter à l'adresse mail : diatomee@wanadoo.fr ou au n° de tel : 01 42 36 13 13.


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